Un café comme on en invente plus.
Une atmosphère confidentielle.
Beaucoup d'amitié dans la salle de La Vieille Grille, théâtre à comptoir et à tables de marbre, présente après un Marivaux sulfureux, quelques poèmes en forme de pièce mis en scène par Jean-Loup Philippe.
Le journal intime du Professeur Froeppel, où Jean Tardieu reprend à son compte le journal d'un fou de Gogol - ici, c'est le langage qui se désagrège -, résiste héroïquement aux lumières et sans que la caricature l'emporte sur le fantastique.
Il reste une menace.
Mécanique.
Les pièces de Robert Filliou en revanche, ne sont que mécanique. Jean-Loup Philippe leur donne un juste mouvement. Et les comédiens Bernard Cara, et surtout Marc Moro, le rythment fort bien. Donc avec humour. Au-delà de ce rythme, il n'y a qu'un jeu aimablement déraisonnable.
D'une scène comme un mouchoir de poche, un prestidigitateur peut tout faire. L'essentiel est de ne pas en tirer trop souvent des lapins intellectuels.
Un rien, ne serait-ce que le grain de folie du cabaret, devrait suffire pour amadouer un public.
Le cadre le mérite.
Le théâtre est d'abord affaire de complicité. Cette complicité s'affirme dès que la rampe est abolie. L'éloignement la tue.
A la Vieille Grille, le spectateur peut serrer la main du comédien.
Et, avec un peu d'imagination, tout devient possible…
Face à la mosquée, à l'angle des rues Larrey et du Puits-de-l'Hermite, il est un café pas comme les autres.
Le patron est un ami, un confident, un guide.
Au premier étage, vous cassez la croûte.
Dans la belle cave voûtée, l'un des bons orchestres de jazz de Paris vous émoustille le mollet.
Au rez-de-chaussée vous buvez, vous rêvez, vous discourez - les poètes de La Tour de Feu y disputent et philosophent chaque vendredi que Paris fait -.
C'est là que vers onze heures du soir, un rideau rouge à l'impertinence de se lever.
Après La punition de Marivaux, voici que, depuis le 4 avril, tous les jours sauf le dimanche, dans une mise en scène de Jean-Loup Philippe, Marc Moro et Bernard Cara affichent des qualités absolument complémentaires.
Marc Moro est ce Professeur Froeppel que Jean Tardieu fait sombrer dans la folie au terme d'une existence consacrée à la sémantique ; Bernard Cara est Le berger rêvant qu'il était roi de Robert Filliou.
Ensemble, et de Robert Filliou encore, ils disent un poème de 53 kilos et Soumission au possible étude anatomique du corps poète.
Le théâtre triomphe au café où il est parmi vous, avec vous. Vers 1 heure du matin, avec les comédiens vous buvez le verre de l'amitié.
Claude Péronne
Nation Française, 22 avril 1964
Depuis le 6 avril, Jean-Loup Philippe présente tous les soirs à 23 heures un spectacle dont il a réglé la mise en scène à La Vieille Grille rue du Puits-de-l'Hermite.
Pour la première fois à Paris est joué Journal intime du Professeur Froeppel de Jean Tardieu et de deux pièces de Robert Filliou ; Le berger rêvant qu'il était roi, Père-Lachaise n°2 un poème de 53 kilos.
L'Humanité, 6 avril 1964
Le jeune comédien Jean-Loup Philippe va ouvrir en face de la mosquée, à Paris un Café-théâtre.
C'est une nouvelle formule de spectacle empruntée à nos grands-parents. Titre de la première revue «etc…»
20 mai 1964
Depuis le lundi 6 avril, Jean-Loup Philippe présente tous les soirs à 23h00 un spectacle dont il a réglé la mise en scène à La Vieille Grille rue du Puits-de-l'Hermite.
Pour la première fois à Paris est joué Journal intime du professeur Froeppel de Jean Tardieu et deux pièces de Robert Tillion ; Le Berger rêvant qu'il était roi, Père-Lachaise, 4'22''», un poème de 35 kilos.
Spectacles de Paris,
10 avril 1964