Mais si on essaie de faire une recherche, entre d’un côté Franju, Buñuel etc.... de l’autre côté les surréalistes, et d’un troisième coté mes goûts littéraires, on arrive à faire une synthèse de tout cela et à me trouver.
On m’a demandé souvent, si je préférais faire des films, ou écrire des livres or, pour moi, c’est un peu la même chose.
Sauf que, quelque part, c’est plus facile d’écrire des livres, avec une machine à écrire et une rame de papier, que de faire des films ; c’est un peu la même démarche.
J’ai autant de satisfaction quand j’ai terminé un livre que quand j’ai terminé un film.
Mon principe est plutôt celui de l’écriture automatique.
Par exemple, quand j’écris un scénario, la plupart du temps, je n’ai pas d’idées préconçues, de trame d’une histoire si vous voulez, cela vient au fur et à mesure, simplement je me censure un petit peu pour que cela rentre dans un budget auquel j’ai accès. Bon.
Mais en dehors de cela, ce n’est pas vraiment réfléchi. Par exemple, un de mes vieux films qui est un de mes films préférés, qui est Requiem pour un vampire : au départ, j’avais deux images sans aucun rapport l’une avec l’autre : j’avais un piano à queue dans un cimetière avec quelqu’un qui jouait dessus. Bon, en l’occurrence, forcément Louise Dhour qui était une copine à l’époque qui était une chanteuse et qui s’accompagnait au piano ; or s’est imposé à moi un petit cimetière de campagne isolé avec un piano à queue la nuit et quelqu’un qui jouait dessus, c’était une image, je voulais cela ; et puis il y avait une autre image qui montrait deux filles déguisées en clown qui se sauvaient et il y avait un cadavre décomposé dans un endroit où elles arrivaient ; et encore une image de musique : dans une chapelle, quelqu’un qui jouait de l’orgue une femme qui se retournait et qui avait des dents de vampire... et ceux les gens qui écoutaient étaient recouverts de manteaux et puis on venait en contre-champ et on découvrait que c’était des squelettes.
J’ai commencé à écrire un scénario pour y inclure ces deux images.
Au départ, j’avais les deux filles, c’étaient des évadées d’une fête patronale... cela justifiait qu’elles soient habillées en clown et il leur arrivait tout un tas d’aventures.... C’était écrit au fil de la plume, des histoires écrites au fil de la plume. Et j’ai inclus ces deux images.
J’ai écrit comme cela plus de la moitié du film.
Je me suis aperçu à la fin :C’était écrit au fil de la plume, j’inventais au fur et à mesure. J’ai eu une brève période enfant où j’étais scout et dans les camps avant l’extinction des feux, c’est ainsi que le chef scout racontait les histoires en les inventant visiblement au fur et à mesure. Je fais partie de cette école, principe-là.
Je me suis aperçu ayant écrit la moitié du scénario, qu’il n’y avait pas une phrase de prononcée.
C’était muet. C’était vraiment très réjouissant de faire ce film sans paroles.
Dès qu’il n’y a pas de texte à dire, les acteurs inconsciemment bougent différemment,
Il rejoignent un petit peu la façon qu’avaient les acteurs expressionnistes du temps du cinéma muet expressionniste de jouer en Allemagne, Conrad Veidt, des gens comme cela.
Je travaille de cette manière. C’est-à-dire : Le scénario du Requiem a été écrit en deux jours puis les dialogues après. Comme cela en inventant au fur et à mesure. Et l’histoire était très amusante, et puis, on fait des repérages on a trouvé les décors qui allaient avec. Et le film a bien marché. ». (Dans les yeux de Jean Rollin Entretien avec le réalisateur atypique du cinéma français... ».